Emploi au Bénin : Un parcours d’obstacles

Emploi au Bénin : Un parcours d’obstacles

Par: Bilkiss LAFIA-KODA
18-09-2017

Au Bénin, le chemin qui mène de la formation à l’insertion professionnelle n’est pas un long fleuve tranquille. Le parcours est parsemé d’obstacles de plus en plus nombreux. Regard sur le monde de l’emploi dans lequel chômage, sous-emploi, déceptions et tentatives de reprise en mains se côtoient.

Le beau temps est passé.  Au début des indépendances, c’était l’emploi qui attendait les diplômés. « À cette époque il était facile d’avoir un emploi. Celui qui avait le BEPC était un ‘’Seigneur’’. Il fût un temps dans ce pays, lorsque vous avez le diplôme, vous êtes recruté sans faire de test. Les concours étaient réservés aux personnes plus intellects », témoigne Paul Essè Iko, Secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB).

Didier Maixent Djéigo, Secrétaire permanent du Cadre de concertation des ministres en charge de l’emploi et de la formation professionnelle de l’espace UEMOA (CC/UEMOA), confirme ce témoignage. « A l’origine on parlait de ‘’boulot de l’État’’.

Mais, avec les diverses crises économiques et la croissance démographique, les économies sont devenues de plus en plus faibles et le nombre de diplômés, plus élevé. L’État ne peut plus consommer tous les diplômés des universités. C’est ce qui a accru le chômage dans un premier temps et le sous-emploi dans un second temps », explique-t-il. Alors, pour certains jeunes, trouver aujourd’hui un emploi relève quasiment du miracle.

« J’ai déjà 33 ans, j’ai une maîtrise en sociologie et depuis 7 ans que j’ai fini mes études, je n’ai pas un emploi fixe et ce n’est pas faute de n’avoir pas essayé. À l’occasion, je participe à la réalisation d’enquêtes. Mais ce n’est pas suffisant, le quotidien est difficile à gérer », confie Mariam, larmes aux yeux. Assise sur un tabouret devant sa porte, pagne noué autour de la poitrine, sandalettes usées, elle était visiblement si désespérée au point de ne plus accorder une importance particulière à sa toilette, levant de temps en temps les yeux vers le ciel comme pour appeler au secours.

Richard, quant à lui, a 22 ans. Orphelin de père, il vient d’avoir, avec mention, sa licence, option banque et finance mais est toujours à la recherche de son premier emploi. Depuis six mois, il fait le tour des banques à la recherche d’un stage mais toutes les portes semblent verrouillées à double tour.  Aucune banque n’acceptant lui offrir l’opportunité d’y effectuer un stage, il aide pour le moment sa maman à vendre du ‘’talé-talé’’, beignets faits localement à base de bananes plantains. « J’en suis arrivé à me demander si j’ai fait un mauvais choix en ce qui concerne ma filière de formation. Pour éviter ce que je vis actuellement, je m’étais donné tout entier aux études. J’espérais, avec ma formation, trouver un emploi et venir en aide à maman pour que ses affaires prospèrent. Hélas, ce vœu devra attendre ! », confesse-t-il, avec une pointe de regret.

Chômage et sous-emploi font rage

Selon le Bureau international du travail (BIT), un chômeur est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui répond simultanément à trois conditions à savoir : être sans emploi, c'est à dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence, être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours et avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois. Sur la base de cette définition adoptée en 1982, les chiffres du chômage, dans l’espace UEMOA, tournent autour de 2 à 5%.  Il est plus accru chez les personnes âgées de 15 à 35 ans, constate le Secrétaire permanent du CC/UEMOA, Didier Maixent Djeigo. Au Bénin, selon les résultats de l’Enquête modulaire intégrée sur les conditions de vie des ménages (Emicov 2015), ce taux, au sens de la définition du BIT, est de 0,7% et se concentre chez les jeunes urbains ayant suivi une éducation secondaire ou supérieure.

Quant au  sous-emploi, il  concerne  les personnes actives occupées réparties dans les catégories ci-après : celles  qui travaillent à temps partiel, souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, qu'elles recherchent activement un emploi ou non ; celles  qui travaillent à temps partiel (et sont dans une situation autre que celle décrite ci-dessus) ou à temps complet, mais ont travaillé moins que d'habitude pendant une semaine de référence en raison de chômage partiel (chômage technique) ou mauvais temps. Sur cette base, il est plus approprié de parler de sous-emploi en Afrique, fait remarquer M. Didier Maixent Djeigo. Selon l’Emicov 2015, le sous- emploi est estimé à 52% et un peu plus en zone urbaine.

Plusieurs raisons justifient ces taux au Bénin. Pour Paul Essè Iko, Secrétaire général de la CSTB, « les ressources de la société ne sont pas mises à disposition du pays. Il y a plus de sous dilapidés ; ce qui fait qu’on ne peut ainsi créer ni l’emploi, ni la richesse ». Les sous, fustige le leader syndical, « sont détournés vers d’autres objectifs. C’est le problème fondamental, sinon, il pouvait y avoir assez de travail pour tous les citoyens ».

Pour son collègue de la CSA Bénin, Anselme Amoussou, « C’est la catastrophe dans notre pays ! On a de beaux discours officiels sur l’adéquation formation-emploi mais en dessous, aucune mesure n’est prise. La réalité est palpable dans les amphithéâtres de nos universités où il y a plus de formation théorique ».  Cette inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi est également mise en exergue par le Secrétaire permanent du CC/UEMOA.  « Les profils des diplômés de nos universités ne sont pas toujours adaptés au besoin du marché de l’emploi », relève l’Expert.

Solutions multi approches 

La première solution préconisée est l’adaptation de la formation aux besoins du marché de l’emploi. Pour développer l’emploi, poursuit M. Didier Maixent Djeigo, il faut renforcer la formation. L'une des mesures prises à cet effet au niveau sous régional est de créer une plateforme de mutualisation des curricula de formation. Pour le Secrétaire général de la CSA Bénin, il s’avère nécessaire d’assurer l’orientation précoce des enfants dès le primaire en identifiant l’aptitude de l’apprenant et en l’orientant très tôt vers une formation adéquate. Il faudra également, estime-t-il, accorder une importance particulière à la formation professionnelle et technique.

L’Etat se doit également d’améliorer l’environnement fiscal et juridique pour accompagner la création d’entreprise. « Il s’est révélé que 80% des entreprises meurent au cours des trois premières années. La meilleure manière de promouvoir l’emploi et de lutter contre le chômage et le sous-emploi c’est d’abord d’appuyer les leviers qui permettent de créer l’entreprise, souligne Didier Maixent Djéigo.  Paul Essè Iko, Secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB) estime, quant à lui, que la jeunesse doit se mettre au travail et lutter, pour accéder à l’emploi par le mérite de chacun et non sur la base de l’appartenance à un groupe ethnique, à une religion ou à un parti politique. L’État se doit de bien gérer notre pays, pour qu’il y ait assez de ressources pour créer de l’emploi, souligne-t-il.

La mise en œuvre d’une stratégie nationale est nécessaire pour réduire le chômage et le sous-emploi au Bénin. Selon le directeur général de l’Emploi et de la Microfinance Camille Ogoussan, le Bénin dispose d’une Politique nationale de l’emploi (PNE) 2017-2021. L’Agence nationale pour l’emploi qui a vu le jour en 2004 et possède des antennes dans les douze départements, a pour mission principale de contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre de cette politique par laquelle le Bénin projette, à l’horizon 2025, que toutes les béninoises et tous les béninois en âge de travailler disposent d’un emploi susceptible de leur procurer un revenu permettant de satisfaire leurs besoins vitaux.

« Et pour relever le défi du chômage, le Bénin, à travers le Programme d’actions du gouvernement (PAG) 2016-2021 soutient la relance de l’économie en s’appuyant sur des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’élevage et la pêche, le tourisme et la culture, l’économie numérique, l’industrie de transformation, l’artisanat et le commerce », précise M.  Ogoussan. Dans ce cadre, le gouvernement prévoit (de) mettre en œuvre au total 299 projets dont 45 phares. Cette mise en œuvre aura pour mérite, la création de plus de 500 mille emplois directs et induits, précise-t-il.

Il importe donc, selon le directeur général de l’Emploi et de la Microfinance, que les personnes en quête d’emploi saisissent ces opportunités en se préparant aux divers concours de recrutement dans la Fonction publique ou en s’inscrivant auprès des structures d’emploi dont l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), afin de faciliter leur insertion. Cette agence est le cœur de métier, car elle est l’intermédiation entre l’offre et la demande d’emploi, le carrefour de rencontres entre les besoins des entreprises et les chercheurs d’emploi.  C’est la raison pour laquelle elle est là pour accompagner les jeunes diplômés à travers plusieurs mesures relatives au renforcement de l’employabilité, à l’emploi aidé et la pré-insertion, au renforcement de capacités et à la création d’entreprise.

Toutefois, pour réduire le chômage dès l’Université, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Marie-Odile Attanasso,  dans son mot adressé aux bacheliers publié dans le guide d’orientation 2017-2018 des filières de formations disponibles dans les écoles et institutions d’enseignement supérieur en République du Bénin, leur a recommandé de choisir leur future carrière, non seulement en fonction des aptitudes développées tout au long du cursus au secondaire, mais également en fonction des disponibilités d’emplois sur le marché du travail salarié ou selon le choix de l’auto-emploi. « Donnez la priorité aux filières d’enseignement supérieur qui apportent de la plus-value à l’économie nationale et évitez celles qui contribuent à la fragiliser en fabriquant des chômeurs », peut-on lire dans ce guide d’orientation.

Vent de changement à l’université

L’enseignement supérieur au Bénin est assuré par quatre universités nationales et plusieurs dizaines d’établissements privés qui disposent, toutes, d’une politique d’insertion et d’accompagnement de leurs étudiants. Ainsi, depuis 2012, l’équipe rectorale en place a transformé l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) en un carrefour entrepreneurial. Dans ce cadre, plusieurs activités sont menées, renseigne le Professeur Euloge Ogounwalé, enseignant au département de géographie et aménagement du territoire et coordonnateur du service des volontaires de l’UAC.

Ce service qu’il coordonne, souligne-t-il, prend en charge les diplômés de l’UAC afin de les transformer d’abord et davantage en citoyens et ensuite en entrepreneurs. « Nous avons commencé l’exercice en 2013 et sur le marché, nous avons actuellement plus de 1200 diplômés qui ont pris par ce service et qui ont pu créer de petites unités d’entreprises, des initiatives qui leurs permette de régler les questions d’existence ».

En plus, depuis 2012, l’UAC organise chaque année, la Semaine du monde professionnelle (Semop) qui est un carrefour d’échanges entre les séniors et les juniors entrepreneurs pour stimuler l’éclosion et l’explosion des talents au niveau des étudiants dans le but de les amener à créer des unités entrepreneuriales qui vont leur permettre de s’auto-employer. « De plus en plus l’UAC offre de nouvelles formations de type entrepreneurial dans les petites et moyennes entreprises et industries pour favoriser la création d’unités entrepreneuriales en transformant les talents de chacun en compétences utiles. C’est donc désormais une Université républicaine et citoyenne, davantage au service de la Nation », fait remarquer   le Professeur Ogounwalé.

En ce qui concerne les diplômés des établissements du secteur privé, la politique d’insertion commence dès la formation, précise le Colonel Marcellin Zannou, président du bureau exécutif du Patronat des Établissements privés d’enseignement supérieur (Pepes). « Les étudiants vont en stage d’immersion professionnelle dans les entreprises en partenariat avec les écoles. Au cours de leur formation, ils reçoivent des cours d’entrepreneuriat et de gestion d’entreprise pour qu’à la fin du cycle, ils aient la possibilité de créer eux-mêmes leurs entreprises pour apporter leur contribution au marché de l’emploi » précise-t-il. Encore qu’il faut pendant la formation, martèle –t-il, se donner beaucoup de rigueur et de peine pour maîtriser son secteur, et faire preuve d’ingéniosité pour créer son paradis.

ABP/BLK/GE


Revue de presse

La Céna dévoile le calendrier des élections législatives prochaines

23-01-2019
Cotonou, 23 Janv. 2019 (ABP)-La politique, le développement et la gouvernance sont entre autres les sujets intéressés par les quotidiens parvenus à la rédaction de l’ABP ce mercredi.« Elections législatives...
Agro-business
Opinion

Mon plaidoyer pour le retour aux valeurs morales

20-11-2017

Par: Marcel HOUNNOU
Certains comportements en cours dans notre société m'ont inspiré à publier ce message sous la forme d'un coup de...
Publicité

Voyages
Navires

Create Account



Chers internautes et fidèles partenaires,
En raison de la migration en cours vers une plate-forme entièrement rénovée et plus moderne, des perturbations s’observent actuellement sur le site web de l’Agence Bénin Presse (ABP).
La Direction Générale vous présente ses sincères excuses pour les désagréments subis et vous rassure que des dispositions idoines sont prises afin que la situation se rétablisse dans les heures à venir.
Agence Bénin Presse, Leader de l’information des régions