"Gari Sonxwi" : Le label savalois en quête de notoriété

"Gari Sonxwi" : Le label savalois en quête de notoriété

Par: Eric GBEMAVO
10-08-2017

La commune de Savalou est passée maître dans la fabrication de la variété de gari dit Sonxwi, une farine à base de manioc, devenue une activité dans laquelle beaucoup de femmes se spécialisent et qui représente une importante manne financière.

Selon les informations de plusieurs sources recoupées, c'est le prince Sossoh Yamontché Gbaguidi qui, à l'occasion de la grande famine qui a sévi en 1931, a découvert les boutures de manioc auprès des Allemands sur la côte de Ouidah où il s'était rendu au chevet de son frère malade. Il en a pris une certaine quantité qu'il est venu planter à Savalou. Ayant vu les tubercules sortir de terre, des voisins en ont pris et ça s'est répandu.

Le nommé Kindjihossou, dont le grand-père avait son champ proche de Dah Sossoh, a déclaré qu'à l'époque, "ceux qui plantaient le manioc ne s'en servaient que pour le bouillir et le manger". Il poursuit que "c'est en 1940 que Dah Sossoh Yamontché Gbaguidi, à l'occasion d'une rencontre avec des producteurs de manioc dans le Mono, plus précisément à Agoué, a découvert les nombreuses transformations que ceux-ci en faisaient, avec notamment la fabrication du gari". Il a obtenu auprès des producteurs d’Agoué, la faveur d'envoyer une personne en formation chez eux. Ainsi, à son retour à Savalou, il envoie sa sœur cadette Fivènisso en formation pendant un an et demi à Agoué.

Après, elle a organisé une série de formations au profit des femmes, notamment les épouses de Dah Sossoh, ses sœurs, leurs sœurs, les épouses de leurs frères, résidant à Missè, le quartier de Dah Sossoh Yamontché Gbaguidi. C'est ce qui donnera à la variété de gari Sonxwi, le nom de "Missè - gali" (le gari de Missè). Dès lors que quelqu'un débarque à Savalou pour acheter du gari, on l'envoie à Missè, jusqu'à ce que cela se répande dans tout Savalou.

Le Sonxwi, un gari de luxe

Selon les nombreuses professionnelles du gari, "Savalou est passée maître dans la fabrication du gari par une pratique spécifique : le mode de séchage avant de le cuire". En effet, il se disait que du côté d’Agoué où dame Fivènisso était allée s'aguerrir, il n'y avait pas de collines, donc pas de pierres. Or, il fallait une grosse charge sur la pâte de manioc pour en extraire correctement toute l'eau et tout l'amidon. Les collines de Savalou constituaient une chance pour les femmes à l'époque où les presses manioc n'existaient pas. "A Agoué, raconte dame Guéwounté, qui a pu avoir la main comme Fivènisso, ils ne disposent pas de quoi mettre une bonne charge sur la pâte de manioc, ce qui les oblige à cuire leur gari avec du manioc mouillé. Cela favorisait l’apparition de grumeaux et ne permettait pas d’avoir un produit raffiné". Elle ajoute qu'à Savalou, ‘’les femmes prennent soin d'extraire l'amidon dont le processus de cuisson n'est pas identique à celui du gari". 

Les professionnelles du gari de Savalou racontent aussi que "c'est au feu doux que le gari cuit, pour en garantir la blancheur". Elles confient aussi que "le secret du gari acide et du gari non acide existe et s'explique, selon le nombre de jours de séchage, le nombre de fois que l'on rince la pâte de manioc avant de démarrer le séchage…. Tout dépend aussi dans la variété de manioc", apprend-t-on.

L’arsenal de fabrication a évolué   

Selon les informations recueillies sur place à Savalou, "au départ on avait besoin d'un tamis, d'une bassine, de sacs, d'un dispositif appelé "gan" (fer) qui est, en fait, constitué d'une planche d'un mètre de hauteur à peu près, d'une lamelle de tôle percée à plusieurs endroits, renversée et fixée dans les quatre angles, au milieu de la planche, d'une cuvette, d'un foyer traditionnel et d'un couteau bien tranchant pour préparer le gari".

Dame Guéwounté raconte que tout a évolué. "Nos maris déterraient le manioc, nous passions, avec nos enfants entre les sillons pour rassembler les tubercules, les peler avant de les ramener à la maison. Il n'y avait pas de moyens de transport ; il fallait donc charger le plus possible de tubercules pour ne pas avoir à faire plusieurs tours entre le champ et le village", explique - t - elle. En plus, il n'y avait aucun moyen autre que l'énergie humaine pour transformer les tubercules en pâte : "Il faut tout mettre dans les sacs et, à l'aide de bouts de bois résistants, nouer de façon à condamner le manioc à se vider de toute son eau, en mettant de grosses pierres là-dessus".

Aujourd’hui, note-t-on, les tricycles servent au transport, des machines existent pour moudre le manioc frais, des presses existent pour extraire l'eau et après quelques jours, selon la fermentation recherchée, on passe à la cuisson. "Si la force ne m'avait pas totalement abandonnée, je m’enrichirais avec la modernisation de la technique", regrette clairement la doyenne des professionnelles du gari à Savalou.

Agathe Capo Chichi, responsable d’un groupement de femmes, spécialisé dans la fabrication du gari et du tapioca amélioré explique que la filière doit, elle aussi, profiter du développement technologique et qu’il s’agit d’un défi pour les groupements de femmes productrices du gari Sonxwi et des autres dérivés du manioc. Elle ajoute que "l'expérience a tellement porté qu'en 2015, l’Agence Béninoise pour la gestion intégrée des espaces frontaliers (ABeGIEF) a conduit plus d'une vingtaine de femmes des localités frontalières du Bénin à Savalou pour être formées.

Le Sonxwi amélioré

Depuis 1931 que le manioc a été introduit à Savalou, on en fait plusieurs usages : différents types de beignets, notamment le klaklou. Le manioc, explique-t-on, est broyé, mouillé, assaisonné et frit dans l'huile jusqu’à le rendre sec. Le dowoungoli suit la même procédure mais dans l'huile rouge ; il est plutôt imbibé. Le tapioca est obtenu à partir de l'amidon de manioc cuit à sec ; le ablo yoki est du manioc frais broyé, emballé dans des feuilles de banane et cuit à la vapeur et à feu doux sans eau ; il se mange avec de l'arachide grillé.

Aujourd’hui, à côté de ces dérivés traditionnels, les professionnelles de la transformation du manioc font preuve d’innovation et varient leurs produits. Ainsi, le lait de coco râpé, le sucre, le jus d'ananas et d'autres ingrédients voire les plantes aromatiques interviennent dans les recettes pour la fabrication de divers produits. Elles mettent sur le marché du prêt-à-consommer que l'on appelle ‘’gari Sonxwi amélioré’’. Le conditionnement aussi a été modernisé de sorte que le consommateur puisse remonter le circuit de fabrication et apprécier les ingrédients.

Une bouée d’oxygène avec la GFAS

La variété Sonxwi étant très prisée, les demandes viennent de partout. Les femmes témoignent même qu'elles n'arrivent pas à les satisfaire toutes. Au même moment, le nombre de femmes qui se professionnalisent dans la fabrication et la commercialisation s'accroît chaque jour un peu plus. "C'est de mère en fille que ça se passe au quartier Missè", explique Darius Gbètin dont le père était un grand producteur de manioc.

Elles étaient si nombreuses à produire le gari que le docteur Olivier Bienvenu Capo Chichi a initié en 2000, avec deux de ses amis, "un créneau pour leur permettre d'écouler leur produit", c’est-à-dire, la Grande Foire Annuelle de Savalou (GFAS). Elle se tient, chaque 15 août, à l'occasion de la fête patronale des Savalois. Elle a permis aux femmes de vendre le Sonxwi au grand monde que draine la fête de l'igname.

Mme Josephine Lovi, responsable d’un groupement de femmes à Missè (Savalou) reconnaît que " grâce à la GFAS, les gens viennent de toutes les villes du Bénin pour s’approvisionner". Mais "faute de moyens suffisants, avoue-t-elle, on n'arrive pas à avoir de grands stocks. Avant la fin des quatre jours que dure la foire, nous épuisons nos stocks et les gens continuent de venir", témoigne - t - elle.

Difficultés organisationnelles et malentendus

Face à la forte demande et aux difficultés des femmes pour accéder au crédit afin de constituer un stock important, la mairie de Savalou, selon un de ses responsables, avait mis en place, avec l'appui de la Banque Régionale pour la Solidarité (BRS), un fonds de dix-neuf millions de francs CFA pour aider à la fabrication du produit. Elles "apprécient" cet effort mais "pensent qu'il en faut plus". Par contre, les organisateurs de la foire déplorent "la démission de la mairie qui a abandonné, dans leurs mains, toutes les charges". En réponse à cela, la mairie reproche aux organisateurs de la foire de ne pas rendre compte, depuis 16 ans, des recettes qu’ils font et de ne rien reverser à la caisse de la commune alors qu'ils n'arrêtent jamais de solliciter l'accompagnement de la mairie", regrette le chef du service de la planification et du développement local, Roger Ahossi.

A la question de savoir, pourquoi, bien que Savalou abrite l'industrie même du gari Sonxwi, d'autres localités, en terme de marketing, sont plus en vue, les acteurs réagissent différemment. Du côté de la mairie, on déplore l'entêtement des femmes à ne pas exposer et rendre disponible ce produit phare de la commune, à un endroit précis. "Le projet de développement des racines et tubercules avait engagé avec des structures de la société civile, appuyées par la mairie, la construction d'un site du genre, mais les acteurs n'ont jamais voulu l'intégrer jusqu'à ce qu’il a été repris et affecté à autre chose", révèle-t-il.

Les femmes en rigolent presque. Pour elles, on ne fait pas de marketing pour un produit de bonne qualité. Autrement, comme le dit l’adage, à bon vin, point d’enseigne : ‘’Depuis nos ancêtres, nous avons eu le meilleur gari et c'est dans notre chambre ici que nous cédons tout le stock sans nous gêner outre mesure", banalise dame Adjohoindé Yayi.

Les défis qui attendent le gari de Savalou

Chaque lundi sur la gare routière de Savalou, l'association des femmes vendeuses de Savalou à Malanville charge plus d'une dizaine de véhicules gros porteurs en direction du marché de Malanville où viennent s’approvisionner les consommateurs du Niger. Mardi les véhicules démarrent, jeudi les femmes suivent dans des transports en commun. Elles "livrent le gari en gros à Malanville, récupèrent leurs sous et reviennent les samedis", note-t-on. Le produit est également fortement demandé au Togo, au Nigéria et dans nombre de pays africains.

Selon le maire Prosper Yao Iroukora, malgré toutes ces avancées, "le gari de Savalou continue de vivre sous anonymat. Même s'il a déjà relevé le défi du marché béninois, il faut qu'il s'impose hors des frontières du Bénin". Une préoccupation, du reste légitime eu égard à la notoriété du ‘’attièkè’’, un des dérivés du manioc dont la Côte d’Ivoire détient le brevet et qui tend, depuis quelques années, à entrer dans les habitudes alimentaires des Béninois. ‘’Le Bénin aussi doit se battre pour que le gari Sonxwi soit adopté à travers le monde comme un spécialité culinaire digne d’intérêt’’, suggère-t-il.

Mais, en attendant, regrette-t-on, les femmes "continuent de manquer d’argent pour atteindre le niveau de production qui leur permettrait de satisfaire, ne serait-ce que le marché national avant d’envisager la demande extérieure".


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