LE DECROCHAGE SCOLAIRE AU BENIN : Un véritable frein pour le développement

LE DECROCHAGE SCOLAIRE AU BENIN : Un véritable frein pour le développement

Par: Naboa TCHEHOU
22-09-2019

Le système éducatif du Bénin a réalisé d’importants progrès en matière d’accès à l’éducation en général et à l’enseignement primaire en particulier. Son taux brut de scolarisation primaire est passé de 119,72 % en 2012 à 121,13 % en 2013 selon le rapport d’avancement de la stratégie de réduction de pauvreté. Cependant, il est encore marqué par une faible capacité à faire progresser une proportion importante d’écoliers, en raison surtout du décrochage scolaire qui est encore élevé. L’exemple de Bopa est illustratif, avec chaque année en moyenne 3582 écoliers qui abandonnent les études. Un chiffre alarmant qui interpelle les autorités béninoises.

Par  Naboa TCHEHOU

D’après Pauli et Brimer (1971), «l’abandon scolaire ou le décrochage scolaire est le fait qu’un élève quitte l’école avant la fin de la dernière année du cycle dans laquelle il est inscrit ».

La problématique du décrochage scolaire constitue un sujet permanent d'actualité en Afrique subsaharienne  en général et au Bénin en particulier, surtout à ce début de la rentrée des classes. L’enquête du Centre de promotion social (CPS) de Bopa indiquait que dans la commune de Bopa, sur la période de 2013 à 2017, sur un effectif de 49.131 inscrits à raison de 22.114 filles et 27.017 garçons, 17 906 enfants dont, 9608 garçons et 8298 filles ont abandonnés l’école pour diverses raisons, soit 37% de l’effectif, sans avoir obtenu le Certificat d’études primaire (CEP).

 

Départ des parents pour l’eldorado «Nigéria », la cause primordiale

Les causes liées à ce phénomène sont multiples. La majorité des auteurs ayant étudié ledit phénomène, comme Deblé (1964), les ont regroupées en trois grandes catégories : les causes personnelles, scolaires et les causes familiales ou sociales.

Au cours de notre enquête, la recherche d’opportunités, les problèmes familiaux et le mimétisme ont été évoquées.

Ces abandons sont liés à la mobilité permanente des parents à la recherche du pain quotidien. Cette mobilité des parents entraîne du coup celle de leur progéniture; une situation qui contribue à vider les établissements scolaires et la commune de ses bras valides.

À Bopa, beaucoup d’enfants doivent se prendre en charge. Etant ainsi livrés à eux-mêmes, ils abandonnent facilement les classes.

Selon le maire de Bopa, Frédéric Dandévèhoun, sa « circonscription administrative couvre plus des 2/3 des terres noires et difficiles d’accès. Les habitations sont faites de matériaux précaires, pailles et mottes de terres sans aucune sécurité d’hygiène de sorte que les enseignants ne parviennent pas à vivre dans les villages où sont situées leurs écoles d’affectation. Ils quittent les communes environnantes pour se rendre au cours. Lorsqu’il pleut, ils s’absentent à cause de l’impraticabilité des voies. Ainsi, l’écolier qui ne trouve pas son maître durant une semaine ou plus n’est plus motivé et donc s’absente ».

Approché, le Directeur exécutif de l’ONG-Promotion pour l’épanouissement juridique économique et social, Dieudonné Sodégla, a fait comprendre que sur 126 filles inscrites, 120 ont déclaré avoir quitté les bancs de l’école pour des aventures au Nigeria à l’initiative de leurs parents. Les travaux champêtres étant perçus comme des activités difficiles pour le commun des jeunes au regard du style de vie affiché par leurs pairs une fois de retour du Nigéria.

La même source indique que les parents qui sont au Nigeria, sollicitent souvent leurs enfants pendant les vacances ou les congés pour l’exercice d’activités pouvant leur procurer de l’argent. Mais les enfants, une fois de retour, ont la prétention d’y retourner, ce qui entraîne automatiquement l’abandon, a-t-il ajouté avant d’expliquer que ces cas fréquents contribuent à alourdir le nombre d’abandons.

En outre, la cuisine est le métier le plus exercé par les ressortissants de Bopa au Nigéria.  Par contre d’autres comme Hélène A, une jeune fille, de retour en décembre 2017, y vont pour des jobs temporaires. : « Je suis partie au Nigéria chercher de l’argent afin de prendre mon diplôme de fin d’apprentissage de coiffure », a affirmé Hélène.

Ce déplacement massif des apprenants vers le Nigeria freine considérablement le développement de Bopa en particulier et du Bénin en général.

 

Conséquences  de la mobilité suite à l’abandon

Pour le chef de projet en faveur des enfants à l’ONG-Bureau des projets de développement et des œuvres sociales, Déo Gratias Tchanka, « La mobilité en elle-même ne pose pas de problème. En revanche, la façon dont elle est réalisée engendre l’insécurité physique, la malnutrition, le travail forcé, l’esclavage, l’exploitation, la déscolarisation, l’ignorance des alternatives scolaires, etc.»

Cette mobilité doit être plus encadrée et dissociée de celle des parents dans la mesure où tous n’ont pas les mêmes besoins. Elle contribue à vider la commune de ses bras valides. Un enfant constamment soumis à la mobilité présente des caractéristiques sur les plans morphologique, psychologique et socio-économique. La mobilité est donc un phénomène à impact multiple.


Une  nécessaire canalisation des enfants migrants 

Le CPS de Bopa a, selon la responsable, Cécile Aniglè, développe des stratégies en collaboration avec les élus locaux, animateurs endogènes, responsables des gares routières pour mieux maîtriser les déplacements clandestins, individuels ou collectifs d’enfants vers le Nigeria. Les conducteurs de zémidjan sont aussi mis à contribution. Ainsi, les enfants appréhendés, sont retournés à l’école ou remis à leurs parents pour insertion dans les ateliers d’apprentissage, où ils sont suivis rigoureusement. C’est le cas de sieur S.B., handicapé moteur, originaire de Gbakpodji  qui passe en classe de 5ème  au collège d’enseignement général de Koudo à Lokossa. « En partance pour le Nigeria, nous avons été arrêtés par les responsables des gares routières à Comé. On nous a posé beaucoup de questions avant de nous confier au CPS et à la police », raconte ce rescapé qui est retourné dans sa famille.

Des séances de sensibilisation sont aussi organisées en direction des populations. 

De son côté, la mairie a réalisé plusieurs infrastructures socio-communautaires pour faciliter l’éducation des enfants, d’après le maire qui a insisté sur le nouveau PDC avec toutes ses prévisions allant dans le même sens. Il a évoqué la réouverture du centre de formation professionnelle des jeunes filles victimes de traite dans le village de Tokpoè, pour leur réinsertion professionnelle après la mobilité.

Quant à l’ONG-Enfants solidaires d’Afrique et du monde, elle a créé une école primaire pour recevoir des enfants en situation difficile. Des actions sont menées pour maintenir les enfants à l’école. À titre d’exemple le conseil communal offre aux meilleurs élèves des bonifications chaque fin d’année scolaire et ne délivre plus des autorisations de déplacement pour les enfants.

Pour le conseiller pédagogique de la zone 1/Bopa, Maxime Moïse Kakpo, le programme des cantines scolaires, instauré par le régime du président Talon, est une solution pour le maintien et la sécurisation des enfants à l’école. En revanche, son impact positif sur la mobilité des enfants reste à démontrer notamment sur la période 2017 à ce jour. La commune de Bopa a tiré d’importants profits dans le sens du maintien des enfants à l’école.  En témoigne les effectifs pléthoriques de cette reprise des classes. A Agbodji, Lobogo  et Ouassa-kpodji, dans ladite commune, on dénombre des effectifs dans les classes allant de 85 à 95 écoliers par endroit au cours de cette rentrée scolaire 2019-2020.


ABP/NT/MS/TIE


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