‘’Le gouvernant qui pourra prendre au sérieux le secteur de l’artisanat réussira sa mandature’’ ( Katagnan Lucie)

‘’Le gouvernant qui pourra prendre au sérieux le secteur de l’artisanat réussira sa mandature’’ ( Katagnan Lucie)

Par: Moutarou IDRISSOU
27-09-2019

 Natitingou, 27 sept. (ABP) - Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence Bénin Presse (ABP), la présidente du collectif des artisans de la commune de Natitingou Mme Katagnan Lucie a confié qu’à peine la moitié de près de 200 diplômés du certificat de qualification aux métiers (CQM) sortis chaque année des ateliers d’apprentissage et des centres de formation professionnelle de Natitingou arrivent à s’installer pour exercer le métier et jouir de ses fruits.

Plus  de mille nouveaux patrons artisans chaque année à Natitingou

Constitué de 311 corps de métiers, l’artisanat est perçu comme étant l’une des portes de sortie dans la lutte contre le chômage et le sous emploi au Bénin. De 2016 à 2018, ils sont près de mille nouveaux patrons et patronnes à recevoir leur parchemin dans la commune de Natitingou. Mais obtenir son diplôme est une chose et pouvoir s’installer pour exercer le métier en est une autre. « Beaucoup subissent toutes les tracasseries de la formation jusqu’à obtenir leur diplôme mais force est de constater qu’à peine la moitié arrive à s’installer véritablement pour jouir des fruits de leur métier », a déploré la présidente du collectif des artisans de la commune.  Sur 226 admis aux CQM à la session du 23 février 2019, a-t-elle illustré, près de 50 étaient absents lors de la cérémonie de remise des diplômes et dans les 178 venus recevoir leur diplôme, au moins 50 ne pourront pas s’installer.

 La  fuite de responsabilité de certains parents

Selon la présidente du collectif, l’irresponsabilité de certains parents est la première cause de la non-insertion de la plupart de ces enfants. « Certains parents envoient les enfants en apprentissage juste pour s’en débarrasser et ne prévoient rien pour leur installation à la fin de la formation », a déploré madame Katagnan. Elle a aussi évoqué le fait que beaucoup d’enfants viennent dans l’artisanat par contrainte. « Quant l’enfant échoue partout on le pousse dans un atelier, alors qu’il n’a pas le cœur pour ce métier », a fait remarquer la maitresse couturière. Cela, précise-t-elle, fait qu’à la fin de la formation l’enfant n’a pas la passion de faire le métier et l’abandonne par la suite au profit d’autre chose.

L’autre cause de la non-insertion de certains jeunes patrons artisans, estime madame Lucie, est le manque de compétence. Selon elle, certains nouveaux prennent leurs parchemins sans avoir la compétence nécessaire qui leur permettra de tenir sur le marché de travail. « Certains installent et en moins d’un an ferment la barque parce qu’ils n’ont pas la compétence pour faire face à la concurrence sur le marché du travail », a souligné la patronne artisane.  En artisanat, soutient-elle, seule la compétence permet de vivre de son métier.

Du haut de ses trente ans d’expérience dans le monde de l’artisanat, Madame Katagnan a aussi énuméré l’ambition démesurée et le manque de patience de certains nouveaux maîtres ou maîtresses artisans. « Dans l’artisanat il faut être patient alors que nos jeunes d’aujourd’hui veulent en un an être à la hauteur de celui qui a déjà bouclé dix ans dans le métier », a-t-elle dit. A tous cela, martèle la présidente, s’ajoutent les difficultés réelles du métier d’artisant et les défis du monde du travail.

Des  mesures 

La première mesure, est l’instauration du prix de l’excellence à l’examen de certificat de qualification aux métiers (CQM). « Depuis notre mandature nous primons les trois premier de chaque corps de métier et ce que nous leur donnons leur permet de s’installer le lendemain de l’obtention de leur diplôme », s’est félicité la présidente. Comme dispositions prises pour faire face à la situation, elle a aussi énuméré le suivi rigoureux des nouveaux patrons et patronnes par les membres du bureau du collectif pour ainsi les obliger à s’installer. « Après l’obtention de leurs diplômes nous attendons deux à trois mois, puisque nous avons  leurs contacts et nous connaissons à peu près leurs parents, nous commençons par les appelés pour savoir là où ils se sont installés afin de leur rendre visite », a-t-elle expliqué.

Des solutions pérennes sont aussi envisagées par le collectif. Il s’agit de l’installation d’une véritable association  des parents des apprentis artisans. « Dans les prochains jours nous allons inviter tous les parents des apprentis artisans de la commune à une réunion qui va déboucher à la création d’une association des parents des apprentis, à l’image de l’association des parents d’élèves au niveau de l’enseignement », informe Katagnan Lucie. Cette association, rassure-t-elle, permettra une franche collaboration entre les parents de ces apprentis et les maîtres artisans, pour non seulement résoudre le problème de l’installation des apprentis à la fin de leur formation mais aussi pour un meilleur suivi des enfants tout au long de leur apprentissage.

Au-delà de ces réalités, elle a par ailleurs tiré un coup de chapeau aux parents soucieux du devenir de leurs enfants et qui accompagnent le collectif dans ses initiatives.

Le  maire de Bohicon cité en référence 

Pour les artisans de la commune de Natitingou, Luc Atrokpo est une référence en matière d’accompagnement des artisans notamment de sa commune. C’est le seul maire au Bénin, soutient la présidente du collectif des artisans de Natitingou, qui à chaque fois qu’il voyage apporter un plus aux artisans de sa commune. « Luc Atrokpo, je dirai maitrise mieux les problèmes des artisans que les artisans eux-mêmes, il voyage même avec les artisans de sa commune »,  s’est-elle réjouie,  avant de suggérer aux autorités politico-administratives de Natitingou d’aller à l’école du maire.

Face à certains constats les artisans de Natitingou, confie la présidente se sentent aussi marginalisés. « Les politiques et autres offrent des séances de travaux dirigés aux élèves, priment les meilleurs élèves, mais chez les artisans rien », a déploré madame Lucie. Pourtant, souligne-t-elle, l’artisan est au cœur du quotidien de chacun.

L’effort  du gouvernement salué

Au cours de cet entretien, la présidente du collectif a reconnu l’effort du gouvernement à prendre dorénavant le taureau par les cornes dans le monde de l’artisanat. Elle a entre autres salué l’opération de recensement des artisans qui, espère-t-elle permettra de mieux accompagner le secteur de l’artisanat. « Il faut le reconnaitre, aujourd’hui les autorités aussi bien gouvernementales que locales, nous accordent plus d’attention quand nous allons vers elles », a-t-elle salué.

L’artisan, martèle Katagnan Lucie, est le seul secteur où on peut gagner sa vie sans être allé à l’école, où on n’a pas besoin de dire ‘’j’ai l’honneur’’ avant de trouver du travail, où on a le travail avant même d’obtenir son diplôme.

« Le gouvernant qui pourra prendre au sérieux le secteur de l’artisanat réussira sa mandature, parce qu’il aura moins de chômeurs, de braqueurs et autres dans son pays », a conclu la présidente du collectif des artisans de la commune de Natitingou.



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