Le métier de photographe menacé de disparition par les Smartphones

Le métier de photographe menacé de disparition par les Smartphones

Par: Eric GBEMAVO
03-03-2020

Abomey, 03 Mars. (ABP) - Chaque avancée de la science engendre d'une manière ou d'une autre, des conséquences sur la vie de l'humanité. Cela semble se confirmer avec les Smartphones qui tendent à faire oublier la photographie et les professionnels de cet art, jadis, très prisé. L'Agence Bénin Presse a enquêté sur le sujet.

(Par Eric Gbèmavo)

Il y a de cela quelques années, c'est de notoriété publique que lorsque le photographe du quartier, de la ville ou du pays ne vient pas, la manifestation (mariage, anniversaire, obsèques, sorties pédagogiques, baptêmes, soutenance) ne démarre pas. C'est lui qui devrait immortaliser les instants. C'était indispensable. Ce professionnel se voyait accorder une place de choix dans le dispositif de déroulement de toutes manifestations. C'était son métier. Il l'exerçait pour donner satisfaction mais aussi et surtout, pour subvenir à ses besoins fondamentaux. Ils étaient souvent, à la fois photographes et cameraman. Ils prenaient donc au même moment, les photos et les vidéos. De nos jours, à cause des Smartphones, les téléphones intelligents conçus pour fonctionner en multimédia, le "photographe cesse d'être indispensable", confie Paterne G. élève en classe de Terminale dans un collège d'Abomey.

Le Smartphone  présente d'ailleurs  plusieurs avantages selon les utilisateurs

« Depuis que je suis en train d’utiliser mon Smartphone, je ne suis plus jamais allé voir un photographe pour me prendre des vues » a fait savoir Henri Badjogounmin, un vendeur de chaussures à Abomey. Il précise que grâce à cet outil (Smartphone), il photographie lui-même et partage ses articles dans les forums de réseaux sociaux et sur statut WhatsApp pour attirer la clientèle. Dans la même veine, Laurent Ahan, vendeur de produits vivriers a laissé entendre que l’utilisation des Smartphones à la date d’aujourd’hui est d’une importance capitale. « On peut faire des vidéos, des photos, les enregistrer et les regarder plus tard, c’est mieux d’utiliser son Smartphone pour ces services que d’appeler un photographe » a-t-il confié. Il estime qu’avoir un tel appareil et aller demander les services d’un photographe est un gâchis sauf en cas de photos d’identité. Pour les jeunes rencontrés, "le Smartphone permet de sauvegarder son intimité, même ci ces derniers ignorent encore les risques de propagations incontrôlée de leurs images dans le monde. ‘’On fait le genre de photo qu'on désire et on l'envoie à qui l'on veut", ont justifié très l’aise en pleine connexion internet, quelques jeunes, collés à leurs appareils dans un jardin de détente à Abomey. Si les Androïde sont leur préférence, ce n'est pas forcément pour faire des photos ou prendre des films professionnels. C'est pour éviter aussi toute fuite de secret". Alors que le photographe prend les photos où vous êtes dans une position indélicate ou avec un groupe dont les parents vous ont déjà interdit la compagnie, c'est déjà une violation de nos droits de discrétion", soulignent les adolescents au sujet de l'utilité de ces appareils portables. Ils font aussi ressortir "l'aspect lié au transfert facile des données à partir d'un Smartphone pour l'usage de son choix".

La gloire de la photo numérique sur les  cendres  du métier de photographe…

Pour les utilisateurs de ces appareils qui ont révolutionné le monde, le changement est irréversible et on ne peut plus continuer à solliciter le photographe.

Mais les photographes de profession n’apprécient pas la chose de cette manière. Selon Roger Gandogo, président des jeunes photographes d’Abomey, l’avènement des Smartphones a porté un coup à ce métier qui a entre-temps, permis aux photographes de subvenir à leurs besoins. « La technologie a évolué et tout photographe doit aller à l’école de la technologie afin de concurrencer avec ces téléphones portables qui font tout désormais » a-t-il conseillé. Face à cette concurrence de taille à l’ère du numérique et de la digitalisation, où il est difficile pour tout photographe de faire face à ses problèmes, Roger Gandogo pense qu’il faut mener d’autres activités. « Nous devons créer d’autres choses pour accompagner la photographie d’aujourd’hui, sinon nous risquons de mourir de faim et de perdre nos femmes » a martelé ce professionnel du 8ème art.

« Ces appareils portables ont pris la surface, ça nous a ruiné, je n’ai plus jamais fait un album photos à quelqu’un, on ne sait plus quoi faire » a regretté Joël Donouvossi, photographe de profession à Abomey, précisant que c’était un enviable qui permettait à tout photographe de satisfaire ses besoins vitaux. Ne pouvant pas rester bras croisés, Joël Donoussi essaie de développer autres méthodologies qui lui procurent de l’argent. Il a profité de l’occasion pour appeler les autorités à divers niveaux pour que quelque chose soit fait en vue de permettre aux photographes de profession de jouir de leurs métiers.

Toute fois, les photographes sur le plateau d’Abomey, exercent leur profession et restent disponibles à servir en cas de besoin. Leur point de ralliement, c’est l’espace historique « Place Goho ». Ils rivalisent d’ardeur et proposent leur service aux touristes et curieux, impuissants face à certains visiteurs qui prennent leurs propres images en mode selfie, et déploient dans leurs manipulations digitales, des applications de leurs appareils.

Des gestes d’utilisateurs de Smartphone, qui semblent mettre au garage ou sonner le glas de la disparition du métier de photographe.



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